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Travaux sur Latex 2003-2004


Depuis plusieurs années, Irène Tétaz fréquente différents genres : la vidéo, le dessin, la photographie, le son, l’écriture et la performance. Et pourtant, il y a dans tout ce qu’elle fait un élément commun : le procédé de l’oblitération, ou autrement dit, du « montré-caché ». Cette procédure devient, chez elle, une méthode de recherche relative à l’image, à son statut et à sa fonction. Elle s’intéresse non pas uniquement à la production de nouvelles images, mais à la manière dont on peut les percevoir, comprendre leur signification et juger leur valeur autrement que soumis aux conventions visuelles qui conditionnent habituellement le regard.


Ses investigations sur le thème du corps (le sien et celui des autres), récurrentes dès les premières vidéos, s’inscrivent dans cette recherche. Construisant ses œuvres comme des histoires, elle en décline les divers éléments à travers des vidéos et des photographies extraites de ces films, le tout fonctionnant comme la métaphore d’un corps, saisi dans sa complexité et la potentialité de son devenir tant originel que sexuel. Elle s’attache le plus souvent à « représenter » des fragments de corps, tantôt sensuels, semblant être au plus proches du langage corporel, du désir surtout ; tantôt, organiques, voire morbides montrant d’avantage ce qui sépare après ce qui unit.


Aujourd’hui, dans ses travaux récents, elle a choisi le latex. Ce dernier médium de prédilection renvoie bien sûr à l’utilisation du verre, puis de la cire, voire de l’eau des réalisations plastiques antérieures, mais il apporte une dimension nouvelle à cette fameuse dialectique visuelle. Car ce matériau tactile, assurément sexualisé, devient une véritable matrice – originelle ?- d’où et avec laquelle l’artiste ne fait pas que cacher, mais au contraire, façonne, donne « chair » pour ne pas dire « corps » à son oeuvre.


Outil d’empreintes et de modulations, plutôt qu’écran de projection, cette «matière» effectivement protège et révèle à la fois ; elle évite que les propositions visuelles ne se dispersent dans la totalité du réel ou ne s’y abîment (au sens premier et second du terme!). Et, comme le suggèrent les « images » extraites des vidéos et « noyées » dans le latex - je reprends le qualificatif de l’artiste, elles nous invitent à une expérience visuelle basée sur la mise à distance du spectateur avec l’objet de son regard.


À la différence des vidéos précédentes, Lune de latex (2003-2004), sa dernière réalisation, constitue l’ossature visuelle d’une sorte de confession intime relevant autant de l’anonymat que répondant à un principe d’universalité : celui de la naissance.


L’artiste s’y met en scène dans une suite séquentielle où elle lacère avec violence le « moi-peau » qui l’enveloppe, à l’instar du nouveau né qui déchire son enveloppe pour s’extraire du monde utérin. Impossible, dès lors, de ne pas considérer cette « expérience dévorante» - qui détruit autant qu’elle produit l’œuvre - comme le symbole du travail acharné que mène l’artiste, capable de mettre en scène et d’interroger à la fois intimement et avec liberté, les fondements de son propre processus créatif.


Les travaux sur latex d’Irène Tétaz créent à l’intention du spectateur une situation « psychologique » qui le trouble et implique sa présence tant psychique que physique dans le déroulement de l’œuvre, car ses images nous touchent et nous échappent à la fois.


Catherine Othenin-Girard

 
   
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